Atelier Lyrique de Tourcoing
Portrait d'Alexis Kossenko, chef d'orchestre de l'opéra bouffe L'Étoile de Chabrier © SanjaHarris. Saison 19/20 Atelier Lyrique de Tourcoing

Saison 2019-2020

L’Étoile

du 07 au 11 février 2020 - Tourcoing Théâtre Municipal R. Devos

Opéra

Emmanuel Chabrier (1841-1894)

Opéra bouffe en 3 actes
Livret d’Eugène Leterrier et Albert Vanloo
Créé au Théâtre des bouffes Parisiens le 28 novembre 1877

La note du metteur en scène

La Ballade des gros dindons, La Pastorale des cochons roses ; Erik Satie n’aurait pas désavoué ces titres facétieux mais c’est à Emmanuel Chabrier qu’on doit ces sourires musicaux. D’un esprit dadaïste avant la lettre, il s’empare en 1877 d’un livret burlesque tissé de mots savoureux et de situations extravagantes. C’est L’étoile, un des ouvrages les plus endiablés dans la constellation des opéras comiques. Et l’habileté des auteurs (Verlaine a même prêté sa plume à deux morceaux) rend éclatant ce qui n’aurait pu être que trivial. à la cour du Roi Ouf 1er, on rase les murs pour esquiver toute question sur le gouvernement ; quiconque le dénigre se voit condamné au supplice du pal. Mais tout se déroule dans un Orient inventé, un lointain de fantaisie ; comment pourrait-on y voir un quelconque reflet des puissants d’ici et de maintenant ? Un souverain immature, davantage préoccupé de sa santé que de celle de son peuple, des habits taillés trop larges pour ses épaules, une volonté permanente d’accéder sur l’heure à la satisfaction de ses désirs ; cela n’existe plus au XXIe siècle ! Ajoutez un recours désespéré à l’astrologie, c’est à dire à des théories, à l’abstraction plutôt qu’à la réalité ; vous obtiendrez un portrait en rupture avec tout gouvernement contemporain. Nous accueillions la saison dernière La Clémence de Titus, une clémence étayée de philosophie et de bonté. Le pardon final de Ouf 1er n’est guidé que par son propre intérêt ; là encore rien de commun avec notre quotidien. Le génie dramatique de Chabrier, c’est de caresser, de fouetter et d’enflammer les scènes les plus absurdes avec une musique raffinée, surprenante, tissée d’humour et de poésie, toujours élégante. D’où ce décalage habile et jubilatoire entre ce que l’on voit et ce que l’on entend. Ou encore entre ce que l’on attend musicalement d’un opéra comique et ce que l’auteur a écrit de brillant et de racé. C’est l’alternance de la pure beauté (La Romance de l’étoile de Lazuli) et du loufoque (Les Couplets du pal). L’étoile ; une parodie des ressorts dramatiques et musicaux de l’opéra français et parfois du bel canto – dans un traitement humoristique remarquable par l’alternance de ce qui est déstabilisant et de tous les ingrédients savoureux qui rétablissent l’équilibre ! (Jean-Philippe Desrousseaux)

 Le compositeur : Emmanuel Alexis Chabrier

« On ne prend pas au sérieux les gens qui rient ». Ami de Manet, Baudelaire et Verlaine avec qui il écrit 2 opérettes, Emmanuel Chabrier est un personnage haut en couleurs et tout en paradoxe. Ce fonctionnaire du ministère de l’Intérieur qui manie l’humour allant parfois jusqu’au mauvais goût a étudié le droit, la composition, le piano et l’harmonie. Grand admirateur de Wagner il n’en demeure pas moins attiré par le grand comique et ne cessera jamais de l’être en dépit des critiques de l’époque qui le trouvent même vulgaire. Il compose quelques pièces pour piano et pour orchestre, 2 opérettes, 1 opéra comique et 2 opéras dont un inachevé. « Je veux que ça pète » dit Chabrier de ses oeuvres « Je rythme ma musique avec mes sabots d’Auvergnat ». Ravel et Debussy seront très influencés par sa musique, ce dernier le qualifie de « merveilleusement doué par la muse comique ». Il compose l’Étoile, son opéra bouffe en 1877 alors qu’il est membre de la Société Nationale de Musique.