Les péchés de vieillesse
Sous le titre Péchés de vieillesse, le deuxième concert illustre les dix dernières années de sa vie beaucoup plus fécondes qu’il n’y paraît. En 1842, il était sorti exceptionnellement de sa réserve en créant au Théâtre Italien son Stabat Mater, une très belle œuvre que vous avez pu apprécier récemment.
Ce sont plus de 150 pièces pour piano, mélodies, chœurs, ouvrages de musique de chambre datées de 1857 à 1868 que notre compositeur rassembla sous la dénomination humoristique de Péchés de vieillesse. Parmi elles, l’élément le plus important et le plus émouvant en est La Petite Messe solennelle créée en 1864. Il n’a jamais voulu publier ses pièces de son vivant. Elles n’étaient jouées qu’en privé pour ses intimes, autrement dit l’élite intellectuelle et artistique de son temps, qui se pressait dans son salon parisien lors de ses fameuses réceptions du samedi soir.
Rossini a regroupé lui-même toutes ses pièces dans 14 albums, sans lien avec les dates de leur composition. Parmi leurs titres fantaisistes, on peut citer : Quatre hors-d’œuvre et quatre mendiants, album pour les enfants dégourdis, album de chaumière, album de château… Quant aux pièces qu’ils contiennent, on note parmi tant d’autres : Mon prélude hygiénique du matin, Petite valse (huile de ricin), Prélude inoffensif, les figues sèches ou l’amour à Pékin etc… L’album musique anodine, dédié à sa femme Olympe en gratitude pour les bons soins qu’elle lui avait si souvent prodigués pendant ses ennuis de santé successifs, recèle une petite merveille, la plus révolutionnaire des expériences que nous vous ferons découvrir. Rossini a choisi un poème de Métastase : Mi lagnero tacendo… crudel, in che t’offensi et sur ces mêmes paroles, il compose six variations, en changeant chaque fois le ton pour extraire, de ce texte identique, une demi-douzaine de significations différentes.
Dans les morceaux pour piano de Rossini passent des échos de Schubert, Chopin, Liszt surtout, qui vouait une grande admiration aux opéras du Signor Rossini, à l’évidence une admiration réciproque. Grâce à sa liberté retrouvée, Rossini a pu sortir des sentiers battus, poursuivre ses recherches, se tourner vers l’avenir : faire de la musique moderne.
Dans son sillage sont venus se glisser après lui un Chabrier, un Debussy, Satie et Prokofiev, Bartók et Poulenc, “ils sont les héritiers de cet art de la miniature qui comme lui utilise le piano tantôt pour ses qualités poétiques tantôt comme instrument de percussion et de persiflage”.
Jean Claude Malgoire propos recueillis par M.L.B. |