atelier lyrique Les Gouts reunis
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Tancrède
Gioachino ROSSINI (1792-1868)
Mélodrame en 2 actes
Livret Gaetano Rossi d'après Voltaire
Venise Teatro La Fenice 6 février 1813

Direction musicale Jean Claude Malgoire
Mise en scène Jean Philippe Delavault
Chorégraphie et assistante à la mise en scène Natalie Van Parys
Décors Jean-François Gobert
Costumes Lili Kendaka
Lumières Guido Levi

Tancredi Nora Gubisch
Amenaide Elena de la Merced
Argirio Filippo Adami
Orbazzano Christian Helmer
Isaura Gemma Coma-Alabert
Ruggiero Valérie Yeng -Seng

Ensemble vocal de l'Atelier Lyrique de Tourcoing
La Grande Ecurie et la Chambre du Roy

Tourcoing Théâtre Municipal Raymond Devos
mer 14 mar 2012 20h*
ven 16 mar 2012 20h
dim 18 mar 2012 15h30


Opéra Royal de Versailles
vendredi 23 mars 2012 et dimanche 25 mars 2012

*représentation en partenariat avec la Banque Postale

La mise en scène et la musique de Rossini
Par Jean Philippe Delavault

La gestation de la mise en scène de Tancredi a été extrêmement laborieuse et plusieurs versions se sont succédées (transpositions dans la mafia sicilienne, puis new-yorkaise, puis une vision bollywoodienne ou napoléonnienne…) et ont toutes abouti à des impasses. Je ne parvenais pas à faire le lien entre le drame et la spiritualité débridée et quasi comique qu’exprimait la musique. Etait-ce seulement par paresse que Rossini avait réutilisé l’ouverture d’une comédie (La Pietra del paragone) pour Tancredi son premier opera seria ? J’avais le sentiment qu’il utilisait l’ironie, l’humour, la pirouette pour éviter d’entrer dans la profondeur de la souffrance des personnages, comme s’il avait peur d’éveiller ses propres douleurs. Je voyais des mises en scène sérieuses et littérales et j’avais l’impression qu’elles s’attachaient au texte sans écouter l’énergie insufflée par la musique, allant jusqu’à l’alourdir pour en justifier le sérieux. Et il y avait ce débat sur la question de la superficialité de Rossini entamé par Stendhal et contredit par les longues années de dépression qui ont suivi la retraite anticipée du compositeur. Ce paradoxe m’intriguait et j’ai fini par comprendre que Rossini est le contraire d’un superficiel. Que son extrême sensibilité le contraint, par pudeur, par désir de se protéger à être toujours spirituel, ironique, truculent. Il ne va pas facilement dans le tragique et dans la violence des sentiments, il sublime, il stylise et élève sa musique au dessus des lamentations, des vociférations et du sang. Il n’ignore pas la profondeur, il lance ses traits dans sa direction mais ne se laisse pas entraîner jusqu’au cœur de la cible. C’est à nous de suivre la trajectoire et de recueillir l’émotion. Ainsi, petit à petit, j’ai eu envie d’écouter ce que me suggérait la musique sans chercher à lutter contre l’énergie fraîche et dansante que je ressentais physiquement. J’ai essayé de transposer cette sensation sans la brider, sans la censurer et je me suis rendu compte que les remontrances d’Argirio à sa fille désobéissante m’évoquaient la gestique sautillante des marionnettes siciliennes mais aussi les dessins animés de Walt Disney, tels La Belle au bois dormant ou Blanche Neige. Tout à coup, je voyais en l’adoration des chœurs pour Aménaïde la même expression touchante qu’avaient les sept nains pour Blanche Neige. Puis Bettelheim m’est revenu en tête, j’ai vu dans Orbazzano le double pulsionnel, bestial de Tancrède, le dragon ou le serpent qui est en nous et qui nous dévore. Ce même dragon* dans lequel la sorcière Maléfique de la Belle au bois dormant se métamorphose avant d’être tué d’un coup d’épée en plein cœur par le prince charmant, dans un Moyen Age devenu le lieu nommé de nos phantasmes.
* Saint Georges ou Roger affrontent aussi ce dragon de leurs pulsions primitives. Roger, personnage de l’Arioste dont on retrouve un homonyme en Roggiero, page de Tancrède et futur roi Roger II de Sicile ?

Le personnage de Tancrède
Semblable aux autres héros chevaleresques (Orlando, Renaud, Roger…), Tancrède doit franchir de multiples obstacles, vaincre de nombreux ennemis et dominer ses propres démons avant d’atteindre la maturité, la félicité amoureuse et la capacité à régner. Au début de l’opéra, sa jeunesse et sa fougue imprudente lui donnent cette assurance d’être invincible que possèdent les débutants qui n’ont pas subi l’épreuve de l’amour. Fanfaron, insouciant sans l’ombre d’un doute, il est persuadé qu’Aménaïde tombera dans ses bras dès qu’elle le verra (mi rivedrai). Il est gonflé d’une audace téméraire et quasi brutale d’adolescent tant il est certain de posséder cet amour promis dès l’enfance. Sa première rencontre avec Amenaïde est un choc et sa déconvenue devant son apparente froideur ébranle l’image qu’il se faisait de son hymen. La nouvelle de la trahison supposée d’Amenaïde l’anéantit sans qu’il songe à en vérifier l’exactitude. Il se fie au sentiment de suspicion générale pour confirmer ses propres soupçons. Une douleur inconnue l’envahit, le submerge. Il pense s’en acquitter en tuant Orbazzano mais sa souffrance devient plus désespérante encore. La lettre qui est à l’origine du drame cristallise toute son obsession. Il en ressasse le texte jusqu’à l’épuisement. Il cherche à l’oublier par le combat acharné, en défiant la mort, mais c’est l’abandon de son orgueil qui va enfin le libérer et lui ouvrir les voies de la sagesse et du bonheur. L’origine historique du Tancrède de notre opéra (ou de Voltaire) est romanesque. En 1005, il n’y avait pas encore de Normands en Sicile. Il ne peut s’agir ni de Tancrède de Hauteville (héros de la première croisade et de La Jérusalem délivrée du Tasse), ni de Tancredi di Lecce qui vécut beaucoup plus tard, alors qu’il n’y avait plus de Sarrasins en Sicile.


infos

En savoir plus sur ce spectacle

— rencontre :
Mercredi 14 mars 2012 à 18h30
Tourcoing Théâtre Municipal Raymond Devos
Le Tancrède de Rossini s’inscrit dans une longue tradition musicale et picturale qui s’inspire des épopées italiennes décrivant la première croisade, comme la Jérusalem délivrée du Tasse ; on suivra la construction et l’évolution de ce personnage héroïque depuis les sources médiévales — l’univers historique et épique des Récits de la première croisade — jusqu’à ses aventures romanesques et amoureuses dont émerge l’épisode particulièrement représenté de son combat avec la guerrière Clorinde.
Par Marie-Madeleine Castellani,
professeur de littérature médiévale à l’Université de Lille III

Collaboration Atelier Lyrique de Tourcoing / Maison St Exupéry
Accueil et Culture Lille. Entrée libre

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durée Environ 3h + entracte

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