L'Art du bel canto à son apogée
Dans La Somnambule, comme dans toutes ses œuvres, le chant chez Bellini se déploie de façon naturelle et spontanée en réponse à une tension affective ou dramatique. Le rôle d’Amina, la jeune somnambule en est un parfait exemple. Bellini sait, quand il le faut, être d’une touchante simplicité et ses mélodies vibrantes acquièrent alors une intensité et une puissance extraordinaires qui enchantent l’auditeur. On trouve dans ses duos d’amour (Amina et Elvino) une tendresse et un abandon inédits. La musique de Bellini représente l’école lyrique italienne dans sa musicalité la plus glorieuse et l’art du bel canto atteint son apogée. Il n’existe guère de mélodie plus pure qu’un air de Bellini, car personne sans doute n’a su inventer de ligne mélodique aussi longue, et à ce titre, il exerça une profonde influence sur Chopin. Lui-même avait étudié, pour y parvenir, les quatuors de Haydn et de Mozart. L’important est qu’il ait su épouser de près ses textes dramatiques. Bellini avait trouvé en Felice Romani, remarquable librettiste auquel on doit plus de 90 livrets d’opéra, un collaborateur exceptionnel. Avec lui, il choisissait pour ses opéras des sujets mélodramatiques qui exercent un attrait naturel sur le public, avec des personnages féminins romantiques au cœur de l’action. Dans La Somnambule, Amina la jeune héroïne frappée de somnambulisme qui erre innocemment dans la chambre d’un seigneur est suspectée d’infidélité par son amant, puis heureusement disculpée lorsqu’on la voit à nouveau marcher en dormant. D’autres héroïnes de Bellini connaissent des destins plus tragiques, allant jusqu’à mourir, à moins qu’elles ne sombrent dans la folie. Des femmes éperdues, accusées à tort, impuissantes à faire reconnaître leur innocence, condamnées à souffrir, à se plaindre, à mourir.
Lors de sa création à Milan le 6 mars 1831 au Teatro Carcano, La Somnambule servie par deux interprètes de premier ordre, Giuditta Pasta dans le rôle d’Amina et Giovanni Rubini dans celui d’Elvino reçut un accueil triomphal. On entendit l’opéra la même année à Londres, à Paris puis de nouveau en Italie, à Florence. Bellini, ce talentueux Sicilien de Catane fut un compositeur beaucoup plus novateur qu’on ne le suppose généralement et sa mort prématurée à l’âge de 34 ans porta un coup sévère à l’opéra italien. Ses deux grands chefs-d’œuvre, La Somnambule et Norma, figurent au répertoire des théâtres lyriques du monde entier et sont très régulièrement représentés. |