Un oratorio sacré
Contrairement à ce que l’on pourrait croire cet oratorio de Haendel, le plus célèbre de toute l’histoire de la musique, ne se rapporte pas à la période de Noël pendant laquelle on l’entend fréquemment. L’œuvre fut conçue pour la période du carême qui précède la fête de Pâques. L’idée du Messie viendrait de Charles Jennens, amateur de musique et homme de lettres. Il avait travaillé avec Haendel auparavant et rédigé les livrets de deux de ses oratorios. En 1742, Haendel avait accepté une invitation à venir présenter une série de concerts de charité à Dublin au cours de la Semaine sainte. Jennens pensait que le sujet du Messie serait approprié. Tirant la plupart de ses textes de l’Ancien Testament mais aussi du Nouveau, en particulier dans la Bible du roi James autorisée en 1611, Jennens composa un cadre de méditation qui évoquait toute la vie et l’œuvre du Christ : les prophéties de sa venue, sa naissance, et l’allégresse qui l’a accompagnée, sa vie, sa Passion, sa Résurrection et l’espoir de son retour. Le Messie célèbre l’ensemble des mystères de la foi chrétienne. L’oratorio ne fait appel qu’à des chanteurs et des chœurs “anonymes”. Aucun personnage n’est représenté, pas même le Christ, dont aucune parole n’est citée mais qui reste le sujet principal.
Haendel, alors âgé de 57 ans, ne mettra que trois semaines pour écrire la première partition du Messie, une version qui sera remaniée de nombreuses fois par la suite, comme il était d’usage, afin de l’adapter aux interprètes successifs. La première audition de son oratorio donné à Dublin le 13 avril 1742 reçut un accueil enthousiaste, ce fut un véritable triomphe et quelques jours plus tard on pouvait lire ces lignes dans la presse locale “Les mots nous manquent pour exprimer les plaisirs exquis que Le Messie a offert à un auditoire nombreux et rempli d’admiration. Le sublime, le grandiose, le tendre mis au service des mots les plus solennels et émouvants, s’unissaient pour créer une envolée et une séduction qui ensorcelaient le cœur autant que l’oreille…” Plus de sept cents personnes assistèrent au concert et beaucoup d’autres amateurs ne purent pénétrer à l’intérieur du Music Hall de Fishamble Street, construit depuis peu. Les bénéfices furent versés à des œuvres de bienfaisance, une société d’entraide aux prisonniers libérés et deux hôpitaux, Haendel leur laissa un exemplaire de la partition.
L’accueil des Londoniens fut beaucoup plus réservé. Pour éviter tout ennui avec l’Eglise, Haendel présenta Le Messie le 23 mars 1743 sous le titre d’oratorio sacré. Mais le public trouva l’œuvre déplacée dans un théâtre, à leurs yeux un lieu inapproprié pour l’écoute de textes bibliques même s’il n’y avait ni décors, ni costumes. Il faudra attendre 1750 pour qu’elle soit véritablement appréciée. A partir de cette date, Le Messie fut joué au bénéfice du Foundling hospital, un hospice destiné à l’éducation des enfants abandonnés auquel Haendel consacra une bonne part de son temps et de ses revenus. Le concert eut lieu dès lors chaque année dans la chapelle de cette institution de bienfaisance, une cérémonie annuelle, toujours renouvelée avec succès.
Haendel consacra sa dernière apparition publique à une triomphale exécution du Messie, le 6 avril 1759. Il mourut huit jours plus tard, trois mille personnes suivirent son cortège funèbre lors de ses funérailles à Westminster Abbey. |