Les Péchés de jeunesse
Ce programme vous invite à suivre le parcours d’une vie, celle de Rossini, selon un itinéraire musical tracé depuis un âge encore tendre jusqu’à ses dernières années qui se déroulera en deux concerts différents Le premier concert intitulé Péchés de jeunesse apporte un témoignage éclatant de l’incroyable précocité de Gioachino. Il concerne quelques unes des premières œuvres de Rossini. Nous entendrons ses délicieuses sonates à quattro pour instruments à cordes, deux violons, violoncelle et contrebasse, composées en 1804, il n’a que douze ans. Elles étonnent par l’originalité de leur écriture et par leur spontanéité. Avec Ciro in Babilonia, ce jeune surdoué écrit, huit ans plus tard, sa première partition importante. Toutes les caractéristiques de l’orchestre rossinien sont déjà présentes : le fameux crescendo, qui provoque une véritable frénésie chez l’auditeur, l’utilisation mélodique des instruments en bois et du cor, la magie des formules rythmiques et répétitives etc... Un autre procédé unique à Ciro est l’introduction des instruments “obligés”. On entend par ce vocable l’accompagnement privilégié de certains airs en véritable concerto, vocal et instrumental. Par exemple l’alto avec Argene, le basson avec le chœur, le cor avec Arbace et surtout le violon avec Amira, son air magnifique et chargé d’émotion sera interprété au cours de ce concert. Un an après Ciro, Venise va lui offrir une vraie gloire avec Tancredi.
Rossini a tout juste vingt-et-un ans et c’est son dixième opéra, un opera seria qu’il réforme entièrement, supprimant les longues tirades de récitatifs, il les remplace par des passages de déclamation lyrique ; il relie les mélodies vocales par un ornement orchestral, composant une authentique partition dramatique. Parmi les airs de cet opéra, j’ai choisi de vous faire découvrir une rareté : le premier air d’introduction de Tancrède avec, comme pour Amira dans Ciro, un concerto de violon. Cet air fut refusé l’avant-veille de la première représentation par la Malanotte, la célèbre et capricieuse prima donna qui devait le chanter. Rossini en improvisa rapidement un autre et le premier passa aux oubliettes. Ce sera donc une belle et intéressante résurrection.
Lorsqu’il écrit ces airs avec instrument obligé, le jeune Rossini est encore dans la logique des dernières œuvres de Gluck et de Mozart. Une logique dans laquelle on hiérarchisait un rôle en lui adjoignant un instrument obligé : le violon ou la clarinette... s’établit alors entre l’air et l’instrument obligé une sorte de dialogue, comme un double air. On trouve cela chez Mozart dans la deuxième version d’Idoménée où il y a un air avec violon solo et bien sûr dans La Clémence de Titus, également dans les dernières œuvres de Gluck. Après le succès de Tancredi, il ne cesse d’écrire des opéras, parmi eux l’incontournable Barbier de Séville, le plus connu et toujours fêté de ses opéras bouffes que vous verrez ou reverrez à la fin de notre saison tout comme Tancredi. En vingt-cinq ans, ce jeune prodige a composé plus de quarante opéras ! Face à ce bilan, on peut comprendre aisément que ce soi-disant génial paresseux prenne en 1829, la décision de quitter définitivement la scène lyrique. D’autre part de fréquents et graves ennuis de santé l’obligeaient à se ménager davantage.
Jean Claude Malgoire propos recueillis par M.L.B. |